Temesis Pôle d'expertise au service des professionnels du Web

L'accompagnement qualité Web et accessibilité.

Accueil > Ressources > Articles > Le métier > Conformité, validation et surqualité (II)

Le métier

Conformité, validation et surqualité (II)

Auteur(s) : Elie Sloïm

Publié le : 9 mars 2006

Résumé :

Est-il possible et souhaitable pour un site de grande importance ou qui recueille des contenus de la part de ses utilisateurs, voire d’un certain nombre de contributeurs d’atteindre et de conserver durablement la conformité absolue de toutes ses pages aux standards ? Existe t-il des cas où la recherche de la conformité à tous prix peut nuire à la qualité du site ?.

 Le principe de réalité

Qui fabrique les services en ligne ?

  • Les sociétés commerciales et entreprises individuelles
  • Les ONG, associations, collectifs
  • Les organismes de droit public,
  • Les personnes privées.
  • Si le webmaster d’un site personnel décide de rendre son site conforme en y passant six mois de l’année, il n’a aucune justification à donner. Dans tous les autres cas, les moyens ne sont pas extensibles et les ressources sont calculées et quelquefois contrôlées. Le retour sur investissement lié à l’utilisation des ressources humaines et matérielles ne peut être lié au hasard. Le temps passé à travailler sur le site d’un organisme de droit public représente un poste de dépenses pour la communauté, et doit donc se justifier au minimum par un intérêt direct pour les administrés.

    La recherche de la conformité absolue d’un site est-elle toujours un objectif réaliste et souhaitable ? Sur la base d’une argumentation liée à l’état du Web en 2005, cet article répondra clairement à cette question par la négative.

    Nous envisagerons tout d’abord les difficultés d’ordre technique qui se posent à l’heure actuelle. Par la suite, nous montrerons que dans certains cas, la recherche de la conformité absolue peut avoir des conséquences négatives sur la qualité des sites Web.

     Les difficultés majeures

    2.1 Sites statiques de très grande taille (et/ou grande quantité d’archives)

    C’est par exemple le cas d’une communauté de communes dont nous avons assuré un audit au cours de l’année 2005. Plus de 100000 pages d’archives étaient conservées à l’attention des usagers. Si cette entité choisit la voie de la conformité absolue, doit-elle supprimer ces pages, doit-elle les nettoyer de manière automatique ou manuelle ? Le fait de les laisser en l’état exclut de fait la conformité absolue. Le fait de rechercher la conformité absolue représente une masse de travail énorme. Les ressources nécessaires existent-elles ? Sont-elles disponibles ?

    2.2 L’inclusion de contenus extérieurs Le code correspondant aux contenus syndiqués ou appelés depuis des sites extérieurs (bannières de publicité, systèmes de paiement bancaire, contenus syndiqués) ne sont pas toujours maîtrisés par les administrateurs de sites. Il est certes possible de faire pression sur les prestataires, voire de les choisir en fonction de leur capacité à fournir du code conforme. Mais en l’état actuel du marché, les administrateurs doivent subir cet inconvénient ou refuser d’intégrer ces services sur leurs pages. Ce refus pourrait priver des utilisateurs de contenus ou de services à valeur ajoutée, et les administrateurs de certaines sources de revenus. Le choix de la conformité absolue pourrait conduire à des erreurs stratégiques d’importance.

    2.3 CMS non-conformes

    De très nombreux CMS ne sont pas nativement conformes. Il importe alors soit de choisir un CMS conforme, soit d’attendre que les responsables du projet proposent une version totalement conforme, soit de rendre soi-même le code de son CMS conforme. De plus il faudra toujours veiller à ce que l’intégralité des pages produites avant la mise en conformité soit elle-même conforme.

    2.4 L’intervention de rédacteurs externes

    Le travail en mode Workflow (circuit de validation) est de plus en plus fréquent sur les sites. Le développement de CMS comme SPIP a rendu le modèle du webmaster unique publicateur de pages obsolète.

    De plus en plus souvent, des contributeurs peu formés du point de vue technique sont amenés à produire des articles.

    La validation de la publication concerne généralement les contenus et l’aspect éditorial. La validation technique de conformité nécessite soit la mise en place d’un niveau supplémentaire de validation avant la mise en ligne par une personne de compétence très éloignée de celle du validateur éditorial, soit de la validation systématique des pages par une personne possédant la double compétence éditoriale/conformité. Ce n’est pas anodin, et dans les deux cas, cela demande des moyens et des ressources.

    2.5 La mise à jour du site

    Toute mise à jour d’un site doit s’accompagner d’une vérification de la validité des pages qui viennent d’être mises en ligne. Cette disposition est tout à fait essentielle et se justifie pour tous les sites. Dans un certains nombre de cas, elle va toutefois poser un problème de temps et de moyens pour un retour sur investissement qui devra être sérieusement étudié avant qu’on la mette en place.

     Conformité absolue et surqualité

    Si vous vous trouvez dans un ou plusieurs des cas précédent, et que vous n’étes pas en mesure d’assumer la masse de travail ou les dispositions nécessaires au respect de la conformité absolue, il y a fort à parier que cet objectif restera pour vous un vœu pieux. Si vous en venez à l’affirmer comme nous vous invitons à le faire dans la bonne pratique de niveau trois d’Opquast, ce sera peut-être une vérité, mais qui aura de forte chances de ne l’être que de manière temporaire.

    Toutefois, nous l’avons vu, il est toujours possible de mettre en place des dispositions permettant d’atteindre cet objectif de conformité absolue, et vous êtes parfaitement libre de les choisir. En revanche, si cet objectif est choisi, il importe avant de lancer la démarche d’en connaître et d’en mesurer les risques.

    En l’occurrence, le principal risque réside dans la notion de surqualité.

    La surqualité consiste à offrir aux utilisateurs un niveau de qualité qui dépasse le niveau de leurs exigences. Un fournisseur de boulons fabriqués au millième de millimètre est en surqualité s’il les fabrique pour un client qui a besoin de les adapter sur des écrous fabriqués au dixième de millimètre. En première impression, le fournisseur en question peut-être fier de la précision fournie. Dans la réalité, il commet une erreur grave. Il fait en effet supporter à son client un surcoût de production et de contrôle.

    La question de la conformité absolue ne peut être analysée qu’au regard de ce risque de surqualité.

    Si le coût de la conformité absolue est trop élevé, vous en ferez supporter le coût à votre structure, à vos utilisateurs, et si vous gérez un site public, à la communauté. La réponse n’est pas simple, et vous n’avez pas le droit de ne pas vous poser la question.

     Au détriment des autres postes de la qualité Web ?

    La conformité absolue implique une obligation de moyens, alors que la qualité Web suppose une obligation de résultats.

    Vos utilisateurs n’ont pas besoin d’un site conforme, mais ils demandent que celui-ci s’affiche et fonctionne correctement. Cet objectif peut être atteint entre autre grâce à la conformité, mais pas seulement. L’existence de navigateurs non standards fait que même la conformité absolue d’un site ne suffit pas à garantir le bon affichage.

    La conformité absolue est-elle une priorité au regard des tests multi-navigateurs, du respect des règles d’accessibilité ? du WAI, de l’ergonomie de l’interface, de la capacité de vos utilisateurs à trouver rapidement votre site ou à se faire livrer leurs produits en temps voulu ? La réponse tient dans votre capacité à équilibrer les ressources que vous mobilisez.

    La mise en conformité absolue ne sera pertinente que si elle s’intègre dans une démarche globale d’amélioration de la qualité Web. Si les ressources mobilisées le sont au détriment d’autres aspects essentiels comme l’accessibilité, l’expérience utilisateur, la visibilité du site, la production et la qualité des contenus et services, c’est une démarche incomplète, voire à risques.

     Opquast et conformité

    Les présents articles commencent par l’évocation des bonnes pratiques d’Opquast. Il se finiront par une réflexion autour de leur évolution. La bonne pratique qui recommande la conformité absolue de la page d’accueil (« Les technologies du W3C utilisées sur la page d’accueil le sont de manière conforme  ») me semble respecter les règles fondatrices d’Opquast : supranationale, vérifiable en ligne, réaliste et présentant un intérêt pour les utilisateurs et les administrateurs du site.

    Mais malheureusement, à mon sens, ce n’est pas le cas de son équivalent de niveau 3, qui recommande la conformité absolue pour tous les sites. A l’heure actuelle, faute de réalisme, elle exclut de fait un certain nombre de sites, dont opquast.com, par exemple.

    Je peux en effet l’annoncer officiellement, Opquast.com ne pourra pas respecter pas les trois niveaux d’Opquast, et ce malgré tous nos efforts pour y parvenir. L’ensemble des pages du processus e-commerce que nous avons mis un place pour Mon-Opquast et les pages internes du service ont tous fait l’objet d’une mise en conformité, mais les pages incluant des appels de services bancaires ne pourront pas l’être car nous n’avons pas la main sur les codes fournis par la banque. A moins que nous soyons passés à côté d’un fournisseur valable, aucune solution actuelle n’est accessible et conforme. D’autre part, la conformité de toutes les pages des forums de discussion ne peut être garantie à 100% qu’à la condition de modifier en profondeur les modules utilisés, et d’anticiper d’éventuelles erreurs provoquées par les contenus postés par les visiteurs.

    Si nous nous lancions toutefois dans cette démarche, il est fort probable que nous serions amenés soit à faire l’impasse sur certaines fonctionnalités à risque, soit à consacrer nos efforts à travailler sur ce sujet au détriment de la production de nouveaux services. Et dans ce cas, il n’est absolument pas dit que cette solution se fasse au profit des utilisateurs du service.

     Les évolutions possibles

    En conclusion, la recherche de la conformité est toujours une démarche intéressante, mais la recherche de la conformité absolue peut s’avérer inutile ou avoir des effets pervers en termes de mobilisation de ressources.

    Pour finir cet article, je vais proposer de nouvelles formulations permettant de rendre la bonne pratique réaliste pour tous les sites.

    L’ancien libellé affirme que :

    Les technologies du W3C utilisées le sont de manière conforme.

    Il est possible de faire les observations suivantes :

  • Il est exclu de demander à des sites de ne mettre en conformité qu’une partie de leur site, car cela induirait de la subjectivité et risquerait d’induire des débats spécifiques à chaque contexte (Cette page ne fait pas partie des têtes de section, etc.)
  • Il est exclu de fixer une limite correspondant au nombre ou aux types d’erreurs renvoyées par le validateur, qui n’auraient pas de signification par rapport à la réalité (mes erreurs sont des erreurs de caractères, j’en ai moins de 20 par pages, etc.)
  • Il est exclu de limiter cette bonne pratique à certains types de sites, ce qui rendrait la bonne pratique fort discutable dans certains contextes (mon site est ou n’est pas un CMS, mon site est un intranet, etc.)
  • En revanche, le critère discriminant réside dans la maîtrise que le webmaster a ou pas du code qu’il produit, et dans ce cas, le nouveau libellé pourrait indiquer que :

    L’ensemble du code produit par le site est conforme aux standards du W3C

    J’espère que nous trouverons une solution qui conviendra à tout le monde, et ce libellé demande certainement à être quelque peu travaillé. Si malgré tout la bonne pratique N°10 devait rester en l’état, nous en prendrons acte. Le débat est (re)lancé, je l’espère.

    Opquast - SAS au capital de 111 766€ - 18, rue Lucien Granet 33150 - Cenon - France - +33 5 56 401 402