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Le métier

Chaînes éditoriales

Auteur(s) : Elie Sloïm (Temesis), Stéphane Crozat (UTC)

Publié le : 12 février 2008

Résumé :

Le principe des chaînes éditoriales peut avoir des effets très positifs sur l’accessibilité des contenus numériques. Cet article a été produit à l’occasion d’une conférence présentée par Elie Sloïm et Stéphane Crozat à l’occasion du iLearnForum, qui s’est tenu les 4 et 5 février 2008 au Palais des Congrès de Paris.

 Qu’est ce que l’accessibilité ?

Avant de se pencher plus avant sur les problématiques de production de contenus numériques, il importe d’expliquer en quoi consiste leur accessibilité, à qui et à quoi ce sujet profite, et en quoi les critères d’accessibilité permettent d’améliorer la production de documents numériques.

Pour le W3C, à travers la voix de son directeur Tim Berners Lee, l’accessibilité consiste à « mettre le Web et ses contenus à la disposition de tous les individus, quelque soit leur matériel ou logiciel, leur langue maternelle, leur culture, leurs infrastructures réseau ou leurs aptitudes physiques ou mentales ».

Le principe qui sous-tend l’accessibilité des contenus Web a fait l’objet de directives internationales, produites en 1999, les Web content Accessibility Guidelines, qui définissent la façon dont doit être conçu, structuré et proposé un contenu pour être accessible à tous.

L’accessibilité n’est pas une affaire de sites, mais de contenus. L’accessibilité est bien l’affaire de tous et pas seulement des personnes handicapées.

Pour bien faire comprendre de quoi il s’agit, nous citerons rapidement trois exemples qui montrent comment un document peut être rendu accessible.

En rendant les contenus accessibles, les créateurs de contenus améliorent leur structure, facilitent leur interprétation par des machines, et notamment les robots de moteurs de recherche. En ce sens, l’accessibilité est un moteur du référencement. En anticipant le traitement des contenus par toutes les machines, l’accessibilité permet de traiter une grande partie des problématiques de la mobilité.

 Focus sur les chaînes éditoriales

Focus sur les chaînes éditoriales

Les chaînes éditoriales sont nées en même temps que les traitements de texte à la fin des années 70, avec les technologies TeX/LaTeX et GML qui deviendra la norme SGML en 1986. En 1998 le standard XML actualise la technologie en la rendant beaucoup plus accessible, ce qui permet l’extension des chaînes éditoriales, là où elles étaient confinées à des contextes de pointes (documentation technique des industries de l’armement ou de l’aéronautique, publication scientifique par exemple).

La chaîne éditoriale repose fondamentalement sur deux principes :

Par exemple je peux écrire : « XML est fondé sur un langage de balise ». Le lecteur aura interprété que le mot balise était important dans ce texte.

Mais disposant d’un ordinateur je peux écrire à la place dans la machine : « XML est fondé sur un langage de balise » ; et par ailleurs utiliser un algorithme qui dit « Si un mot est entre et , alors l’afficher en italique ». Le résultat graphique sera la même pour le lecteur final, mais par contre l’information stockée en machine sera plus riche dans ce second cas. En effet je sais que le mot « balise » est important, donc je peux décider de le mettre en italique pour une publication papier noir et blanc, mais également en gras et en rouge pour une publication Web en couleur, de le donner en priorité à un moteur d’indexation, etc. Il suffit d’appliquer des algorithmes différents à la même information.

C’est à dire que l’on devient capable d’adapter la présentation d’une information à un contexte de diffusion. L’extension de cet exemple simple ne portant que sur un seul mot à l’ensemble des structures du document (parties, titres, blocs de texte, images, glossaire, etc.) permet de reconfigurer globalement un document pour un usage.

Les bénéfices des chaînes éditoriales sont nombreux et ne seront pas tous repris ici. Mentionnons par exemple le polymorphisme et la réditorialisation (on écrit une seule fois, mais l’on exploite plusieurs fois) et d’une façon générale les gains de productivité liée à la production documentaire (passage du stade artisanal au stade industriel).

Mais du point de vue de l’accessibilité – au sens global préalablement défini – la chaîne éditoriale permet de repenser totalement la question : Tandis que l’approche « classique » consiste à produire une information de telle façon que sa forme soit la plus accessible possible, l’on va pouvoir dans le cas des chaînes éditoriales, en vertu de la séparation entre contenu et présentation, d’une part produire une information et d’autre part penser sa ou ses formes accessibles.

Cela implique en partie qu’il n’y a une seule forme « génériquement » accessible, mais bien plusieurs formes pour plusieurs accessibilités : Une forme pour tel handicap, une autre pour des contraintes de débit, une troisième pour des contraintes d’écran, etc. Mais inutile que les contraintes des unes pèsent sur les autres. L’accessibilité et la mobilité peuvent alors être repensées en terme de multisupports – plusieurs supports pour plusieurs usages et plusieurs contraintes – et non plus en terme de support universel (utopique à obtenir).

Cela permet ensuite de penser l’accessibilité dans le temps  : les contenus produits avec une chaîne éditoriale pourront respecter les normes d’accessibilité de demain ! Tandis qu’il n’est pas possible d’intégrer à une information écrite dans un langage technique (comme HTML) des contraintes qui n’existent pas encore, il sera possible d’appliquer plus tard aux contenus XML structurés sémantiquement des algorithmes qui intégreront ces contraintes lorsqu’elles existeront, sans reprendre les contenus.

Nous illustrerons ces concepts avec la chaîne éditoriale Opale, réalisée avec Scenari2.

 Perspectives

Perspectives

La publication numérique n’en est sans doute qu’à des débuts. Dans le domaine de la formation, les contenus devront êtreinteropérables, publiés très rapidement, modifiables indépendamment sur la forme et sur le fond, et bien entendu, rendus et maintenus accessibles. Autant dire que le choix de formats, de techniques, de processus et de méthodes compatibles avec ces exigences va s’avérer fondamental.

Le concept de chaînes éditoriales intègrent le processus de façon intrinsèque. Les autres outils peuvent s’adapter pour répondre aux mêmes exigences, en réintégrant les concepts de modèles documentaires et de processus de production :

Sur le plan des formats, ce sont les langages de description sémantique qui sont et qui seront de plus en plus la référence. Rien ne dit qu’une innovation technologique ne remettra pas en cause XML en tant que formalisme dans les années à venir. Mais dans son principe XML assure la pérennité (nous avons l’assurance de pouvoir interpréter des contenus XML indépendamment des évolutions technologiques futures, puisque le format est interprétable par l’humain et pas seulement pas la machine) ainsi que la calculabilité (puisque le format est interprétable, nous sommes également certains de pouvoir le transformer en autre chose si cet autre chose émerge). Ceci représente un changement de paradigme important pour la constitution des fonds documentaires, puisque ceux-ci s’inscrivent alors dans une perspective de très long terme (plusieurs dizaines d’années), rendant le contenu indépendant des évolutions des formats techniques de publication (que celles-ci proviennent d’évolution technique des possibilités informatiques, de nouveaux terminaux de restitution ou de nouvelles exigences d’accessibilité).

Du point de vue de l’accessibilité, les chantiers à venir concerneront au moins autant l’accessibilité des contenus produits (interfaces de diffusion) que l’accessibilité des interfaces de production (Authoring Tools Accessibility Guidelines(1)). Seule les solutions qui sauront combiner efficacement ces deux aspects pourront prétendre à devenir à terme des solutions industrielles de publication numérique réellement accessibles, dans un contexte où la production contributive se généralise et atténue les frontières entres auteurs et lecteurs.

L’accessibilité totale reste néanmoins une utopie, car il existe des limites, inhérentes aux compétences des contributeurs. Le fait d’ouvrir le monde de la publication numérique au grand public a un revers, car il n’est pas possible que toute personne amenée à publier des contenus sur le Web ait une compétence et une culture de l’accessibilité. Dans une logique éditoriale classique, l’auteur professionnel peut être formé à cette culture et le contexte éditorial peut lui imposer les contraintes requises. Dans une logique contributive « ouverte » ou chacun est appelé à écrire, cela n’est plus possible. Dès lors, l’outil devient essentiel, pour aider, corriger, accompagner le créateur de contenus numériques à produire des contenus accessibles.

L’émergence d’outils faciles d’usage pour la publication Web (Wiki, CMS, blogues, etc.) a permis une réelle généralisation de la pratique de publication électronique. Maintenant que cet objectif qualitatif est atteint, ou en passe de l’être, un des enjeux majeurs à l’avenir est selon nous de redonner à l’éditorial ses lettres de noblesses, dans ce qu’il apporte de qualitatif au document. L’éditeur

Paradoxalement le risque de la généralisation d’outils de production « pour tous » est que les productions soient de moins en moins lisibles, au sens documentaire. Tout le monde pourra publier ce qu’il a à dire, mais peu pourront en réalité y accéder, au sens de trouver la bonne information, (celle dont j’ai besoin), et d’être capable de la comprendre, de la remettre dans son contexte (de la critiquer).

Des outils reprenant à leur compte les principes de publication automatisée – à l’instar de ceux instrumentés dans les chaînes éditoriales – pourront mobiliser des algorithmes rigoureux, intégrant les savoir-faire des métiers éditoriaux et permettant ainsi la combinaison du quantitatif et du qualitatif, de l’accessible à tous en écriture, mais aussi en lecture !

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