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Le métier

Les freins à l’accessibilité

Auteur(s) : Eric Gateau

Publié le : 29 avril 2004

Résumé :

En 2004, il n’existe qu’une très faible proportion de sites accessibles aux personnes handicapées. Partant de ce constat, cet article décrit les principaux freins constatés et les raisons pour lesquelles ces freins n’ont finalement pas lieu d’être.

 Introduction

Internet est un facteur de participation et d’intégration sociale pour les personnes handicapées. Il leur permet d’avoir accès à des services pour lesquels ils auraient besoin d’assistance dans la vie "réelle" : par exemple pour des démarches administratives, pour s’informer, pour communiquer ou pour consommer. Et donc, pour ces personnes, il est un moyen de participer de façon autonome à la vie de la société.

D’ailleurs, la notion de handicap telle qu’elle est communément adoptée, en particulier par l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.), parle de "perte ou restriction des possibilités de participer à la vie de la collectivité à égalité avec les autres". (Pour plus de renseignements voir le site de l’O.N.U.) Cette définition permet de faire le rapport entre la personne handicapée et le milieu dans lequel elle évolue pour montrer que finalement, le handicap n’est pas seulement le fait de présenter une déficience mentale ou physique, mais plutôt les conséquences de cette déficience dans notre société. Et c’est pourquoi au-delà de toute autre considération, il serait dommage qu’Internet ne permette pas à ces personnes d’accroître leur autonomie.

Pourtant, à ce jour, en 2004, le constat est terne : peu de sites Internet privés ou publics sont accessibles. Voir par exemple l’étude menée par Braillenet sur 30 sites français ou le rapport de la mission Perben sur l’accessibilité des sites internet/intranet aux personnes handicapées. Cela peut paraître d’autant plus étonnant que les [en]Web Content Accessibility Guidelines[/en] (WCAG), ou directives pour l’accessibilité des contenus web, ont été publiées dans leur version 1.0 depuis mai 1999.

Alors pourquoi si peu de sites accessibles ? Quels sont les freins ?

Les rapports que j’ai avec divers professionnels, utilisateurs d’Internet ou impliqués dans le développement du web, et les articles lus sur la toile ou ailleurs m’ont amené à identifier 3 freins importants que je vais détailler dans la suite de cet article : d’abord le manque d’information, puis les idées reçues et enfin le coût.

 Le manque d’information

Tout d’abord, il faut savoir que presque tout le monde, à partir du moment où il a le matériel, c’est à dire une connexion, un ordinateur, les logiciels et éventuellement du matériel ou des logiciels adaptés à certains types de handicap, peut naviguer et profiter des services proposés par Internet. Personnellement, il y a quelques années, je ne le savais pas, ou plutôt, ne connaissant personne en situation de handicap, je ne m’étais jamais posé la question. C’est à travers mon activité au sein de Temesis que je l’ai appris.

Et ainsi, que ce soit pour des démarches administratives, pour s’informer, pour travailler ou pour communiquer, les personnes handicapées utilisent Internet avec les mêmes objectifs que les personnes valides même si les modes de navigation peuvent différer quelque peu.

Mais, pour que tout le monde puisse avoir accès à ces services, quel que soit le mode de navigation utilisé, le maître d’œuvre doit connaître et prendre en compte, lors du développement du site, les directives d’accessibilité (qu’il s’agisse des recommandations du [en]World Wide Web Consortium[/en], le W3C ou d’un référentiel, par exemple "le référentiel accessibilité des services Internet de l’administration française" proposé par l’Agence pour le Développement de l’Administration Electronique (ADAE) et disponible sur leur site. (Voir le référentiel accessibilité de l’ADAE).

En effet, sur tous les sites disponibles actuellement et qui ont été développés sans intégrer de façon explicite et volontaire l’accessibilité, rares sont ceux qui sont accessibles et le cas échéant ce fait étant dû au hasard, ils risquent de ne plus l’être après des évolutions, des refontes ou de simples mises à jour.

Enfin, les avantages et les bénéfices induits par le fait de rendre son site accessible sont souvent méconnus et dépassent largement le fait de permettre aux handicapés d’accéder aux services d’Internet. En effet, en suivant les directives pour l’accessibilité, les bienfaits pour l’ensemble des visiteurs, y compris les personnes qui ne sont pas handicapées et pour l’éditeur du site sont nombreux :

Il est à noter que certains de ces avantages découlent directement de l’emploi de techniques et de langages standards, puisqu’une des directives pour l’accessibilité préconise l’utilisation des standards.

 Les idées reçues

Au-delà du manque d’information, il existe aussi un certain nombre d’idées reçues qui peuvent servir de mauvaises justifications pour ne pas proposer de sites accessibles. En matière d’accessibilit&eacute, comme ailleurs, elles sont nombreuses. Parmi ces dernières, il en est deux régulièrement évoquées et que j’entends contredire ici.

"Les sites accessibles sont moches" est une contre vérité parfois évoquée. J’imagine qu’une des multiples raisons de son origine vient du fait que les premiers à avoir sensibilisé les acteurs du web sur l’accessibilité ou la conformité étaient plus des techniciens que des graphistes.

Mais, la séparation du contenu et de la forme, l’emploi de balises sémantiques et les feuilles de style, permettent à la fois de proposer un site avec le graphisme voulu pour les utilisateurs qui peuvent en profiter et de permettre également aux visiteurs d’adapter le site à leurs besoins ou à leur mode spécifique de navigation, que leur navigateur soit obsolète, qu’ils utilisent une plage braille, une synthèse vocale, une loupe, une feuille de style personnelle, un téléphone portable, etc.

La deuxième idée reçue que j’entends souvent est : "l’accessibilité, c’est pour les aveugles". Il me semble que plusieurs facteurs sont à l’origine de cette idée reçue. Peut-être, en premier lieu que les non-voyants et leurs associations ont rapidement perçu le web comme un outil dont ils pourraient se servir. Ensuite, les mécanismes de navigation des non-voyants sont assez facilement compréhensibles et assez bien connus alors qu’il est plus difficile de déterminer comment navigue tel autre type de population et donc de proposer des solutions satisfaisantes pour tous. De plus, il est facile de prendre l’exemple des non-voyants pour expliquer les problèmes d’utilisation de sites non accessibles. Et enfin, pour toutes ces raisons, il peut sembler que les directives exposées dans les WCAG 1.0 bénéficient en priorité aux populations ayant des troubles de la vision.

Soyons clair, ce n’est pas totalement faux, et d’ailleurs la version 2.0 actuellement en discussion tend à réduire ce défaut et à mieux prendre en compte la globalité des handicaps. Mais il reste sûr que les 65 points de contrôle actuellement présents dans les WCAG 1.0 permettent d’améliorer l’utilisation des sites pour tout type de handicap, temporaire ou permanent, visuel ou autre.

 Le coût

"Est-ce que ça coûte cher de faire un site accessible ?" est une question que l’on me pose très souvent. Et contrairement aux autres domaines où l’argent est investi, je n’ai que très rarement entendu "Combien ça va me rapporter ?" Or, il n’y a pas de raison de ne pas calculer le retour sur investissement, même sur un sujet "éthique" comme l’accessibilité des sites aux personnes handicapées.

Donc, d’un côté nous avons les dépenses spécifiques liées à l’accessibilité. C’est à dire l’intervention d’un expert au cours du projet ou la formation de personnels. S’il s’agit d’un projet nouveau, c’est à dire d’un nouveau site ou d’une refonte et que les outils utilisés ne sont pas encore déterminés, quelques jours devraient suffire à intégrer les éléments "accessibilité" au développement du site, que ce soit dans le choix des outils, leur paramétrage etc.

En revanche, pour la mise à niveau d’un site existant, il est plus délicat de faire un pronostic. Il pourra être très facile et rapide d’arriver à un excellent niveau d’accessibilité, mais dans certains cas être très difficile de rendre des fonctionnalités accessibles sans en changer le fonctionnement, et le cas échéant, il peut être plus intéressant d’envisager une refonte.

De l’autre, côté retour sur investissement, nous trouvons :

 Conclusion

Nous nous trouvons face à une logique où tout le monde y gagne : d’un côté le propriétaire de site investit de l’argent qu’il récupère à court et à moyen terme, puis fait des économies par la suite tout en contribuant à l’intégration sociale des personnes handicapées.

Alors, il est grand temps de développer des sites accessibles, et ceci pour plusieurs raisons :

  1. Pour prendre un avantage concurrentiel ;
  1. Parce qu’une loi oblige maintenant les sites publics à être accessibles (Voir l’article 25 de la loi du 15 juin 2004) ;
  1. Pour tous vos visiteurs (handicapés ou non) ;
  1. Pour rentabiliser votre site Internet ;
  1. Parce que maintenant vous ne pouvez plus dire que vous n’êtes pas informés !

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