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Faut il brûler flash ?

Auteur(s) : Vincent Bénard

Publié le : 29 novembre 2007

Résumé :

les sites qui utilisent la technologie "flash" de macromédia sont souvent plus difficile à utiliser que les autres, et donc délivrent une mauvaise expérience à leurs utilisateurs. Faut il pour autant enterrer définitivement cette technologie ? Non ! C’est le mauvais usage de flash qui tue les sites qui l’emploient, mais dans quelques cas précis, flash peut améliorer l’expérience de l’utilisateur.

 Qu’est-ce que flash ?

Flash est une technologie qui permet de créer des séquences animées à base de dessins "vectoriels", c’est à dire présentant un très bon rapport entre la richesse de l’image et la faiblesse de son volume. De fait, de nombreux designers web y ont vu le moyen facile d’ajouter un peu d’animation à un internet que d’aucuns jugent trop statique. Las, Flash a été tellement mal utilisé que l’on assiste aujourd’hui à un rejet par de nombreux utilisateurs des sites utilisant cette technologie. Quant aux critiques incendiaires, elles pleuvent sur internet, souvent de façon justifiée. Voyons pourquoi.

 Pourquoi flash "tue" les sites internet :

Sous prétexte que certains designers web et responsables de communication estiment que "pour se donner une image dynamique, il faut un site qui bouge dans tous les sens", on a assisté en 1998-99 à l’explosion de sites utilisant flash à tort et à travers. Voici pourquoi :

-* Les utilisateurs détestent les animations gratuites :

Jared Spool, en étudiant le comportement de nombreux internautes, a découvert que toute animation "gratuite" (flash, mais aussi DHTML, rollovers, et même gifs animés) gênait l’internaute, rendait plus difficile l’accès au contenu, fatiguait l’oeil, et au final irritait la plupart des utilisateurs. Or les designers utilisent souvent flash pour animer non seulement les contenus, mais aussi la navigation !! que de perturbations pour le visiteur...

-* Les utilisateurs aiment garder le contrôle de leur navigation :

Malheureusement, les animations flash se déroulent le plus souvent au rythme prévu par le designer, pas à celui de l’internaute. De plus, le bouton "stop" du navigateur est inopérant sur les animations flash, et les designers, trop sûrs d’eux même, ne prévoient pas toujours un moyen simple pour l’internaute de court-circuiter l’animation.

-* Les utilisateurs haïssent les pages "tunnel" ("splash screens") en flash :

De nombreux designers (de moins en moins, heureusement) infligent aux internautes des pages "tunnel" précédant la vraie page d’accueil sous forme d’une animation durant plusieurs secondes, en plus du temps de chargement... ces animations retardent le moment où l’utilisateur peut commencer à essayer d’atteindre l’objectif qu’il s’est fixé en venant sur un site, entraînant de nombreux abandons de chargement de page par perte de patience.

Pas convaincu ? Le webmestre d’un établissement public forestier a constaté une perte sèche de 25% en fréquentation lorsque le site s’est doté d’une page tunnel "flashée" en guise d’accueil. Inutile de dire que la page en question a vite été retirée.

Aujourd’hui encore, de nombreux webmestres sont "tannés" par des directeurs de communication confondant "construction de l’image" et "onanisme intellectuel" pour intégrer des pages d’accueil ou réaliser des sites entiers en flash : résistez (au moyen de cet article éventuellement) ! vos utilisateurs vous le rendront bien.

-* Les sites largement flashés sont peu utilisables :

Passons sur les effets désastreux produits par les navigations truffées de "pop-up menus", de rollovers "à thème caché", ou de liens... sonorisés que certains "flasheurs fous" aiment à offrir. Plus généralement, un site flashé annihile souvent le bouton "retour" du navigateur, il rend inopérant la barre d’adresse pour les pages internes du site, rend difficile voir impossible la mise en favoris (signets) des pages, rend inopérant le moteur de recherche interne, ainsi que l’impression depuis le navigateur.... bref, un site intégralement flashé a toutes les chances de fournir à ses visiteurs une bien piètre expérience.

-* 20% (début février 2001 - source [Websnapshot]) des utilisateurs n’ont pas flash (ou ont une version trop ancienne, ce qui revient au même)...

... Et ne le téléchargeront pas pour vous faire plaisir ! votre contenu ne sera jamais exclusif au point d’empêcher l’internaute de rechercher des conditions d’accès plus faciles. Charger une page est généralement long alors si en plus il faut télécharger un plug-in... Utiliser flash de façon extensive sur un site revient de facto à perdre 20% de clients potentiels. Bien sûr, ce pourcentage augmente si vous exigez que l’internaute en possède la dernière version ...

 Quand utiliser (quand même...) flash ? Pour quels contenus ?

Du fait de ce qui précède, certains auteurs, et non des moindres, (Jakob Nielsen, Alain Lefèbvre, entre autres) recommandent de ne jamais utiliser flash sur un site professionnel. Je serai moins affirmatif que ces "grandes signatures", car dans certains cas très particuliers, je crois que flash correctement déployé peut améliorer l’expérience des utilisateurs.

Pour quelles utilisations ? Flash a été initialement créé pour générer des séquences animées relativement légères. Or certains contenus s’adaptent parfaitement à ce schéma :

-* Contenus pédagogiques : une animation peut mieux qu’un long texte expliquer le fonctionnement d’une machine ou d’un écosystème... Ainsi, Wanadoo propose sur une partie de son site des animations flash destinées à expliquer le fonctionnement d’Internet. Beaucoup plus sympa qu’un livre sur le sujet. Egalement, Elf propose des animations expliquant le cycle du pétrole (janvier 2003 : ancienne adresse : http://www.elf.fr/odyssee/fr/index.htm), de la genèse au raffinage. Là encore, c’est assez bien fait et plutôt reposant. Ikéa propose aussi des notices animées de montages de meubles en flash mais le lien semble rompu...

Dans le cas d’Elf et de Wanadoo, les séquences flashées ne sont pas reliées aux parties les plus "utilitaires" du site mais constituent plutôt un à-côté distrayant. Est-ce rentable pour ces deux sociétés ? Je ne sais pas, mais en attendant, ces animations procurent un certain plaisir à leurs utilisateurs. Dans le cas d’Ikéa, il s’agit plutôt de montrer grâce à une animation la simplicité du montage des produits maison, et de fournir un support en ligne complémentaire aux notices classiques.

-* Sites artistiques : Dans des niches de marché très particulières (sites d’artistes...), il peut être valorisant d’exposer certains contenus de façon avant-gardiste. Mais attention, cela ne s’applique jamais à des sites destinés à être rentables. Ces sites doivent plutôt être considérés comme une résurgence luxueuse des sites "plaquettes publicitaires" des débuts de l’internet. Ce type de site touchant généralement des publics très limités, il conviendra tout de même de mesurer l’utilité de l’investissement, car des contenus "flash" de qualité coûtent cher. -* Séquences animées, "story-telling", notamment à vocation humoristique, encore que dans ce cas, une bonne vieille BD puisse obtenir le même effet, de façon plus accessible.

Bref, les bonnes questions à se poser sont : "une animation est elle justifiée pour ce type de contenu ? Pourrait-on obtenir un résultat identique sans animation ?"

Si vous répondez "oui" à la seconde question, alors oubliez Flash, tant il est vrai que l’utiliser pour la navigation dans un site, pour des contenus pour lesquels l’animation n’amène aucune valeur ajoutée, ou pour des pages "tunnel", constitue une perte de temps pour l’internaute et une perte d’argent sèche pour l’investisseur du site.

 -10 règles pour intégrer des séquences en flash à un site

Bien intégrer des séquences Flash à un site ne s’improvise pas. Pour éviter de détériorer l’expérience-utilisateur de votre site à cause de cette technologie, respectez quelques règles simples :

1. N’utilisez flash que pour mettre en valeur des contenus pour lesquels l’animation amène une valeur ajoutée incontestable (cf. paragraphe précédent), et ne lésinez pas sur la qualité des-dites animations.

2. Votre site doit être visible sans flash. Flash ne doit être utilisé que pour des séquences précises, incluses à l’intérieur de pages en HTML simple.

3. Proposez toujours une alternative "sans flash". Ainsi, un résultat proche de celui obtenu par une animation peut être obtenu par une succession d’images fixes commentées, ou par quelques schémas.

4. Faîtes en sorte que la navigation sur votre site amène d’abord l’utilisateur sur la variante "sans flash" de votre contenu, et que la séquence flashée apparaisse comme une option, une plus value offerte à l’utilisateur qui goûte volontiers à ce genre de page. Le passage par une page flashée ne doit jamais apparaître comme un passage obligé. Les pages intégrant des séquences doivent apparaître comme les "itinéraires bis" de votre site.

5. N’utilisez pas de script de détection du plug-in flash pour forcer la navigation vers la version flashée de vos animations. Ce n’est pas parce que l’utilisateur possède flash qu’il veut systématiquement l’utiliser. De nombreux utilisateurs, lorsqu’ils ont le choix, privilégient la version "simple".

6. Sur la page en amont de celle contenant la séquence animée, les messages d’annonce doivent être clairs :

"Vous trouverez ci dessous une série de schémas expliquant le montage de ce meuble. Si vous le préférez, vous pouvez [accéder à une notice animée] que vous pourrez visionner si vous disposez du plug-in flash (version 3 ou ultérieure). Si vous souhaitez [plus de renseignements sur flash, cliquez ici]" (lien vers une page générale où vous placerez une animation "test" pour les visiteurs qui ne savent pas si ils ont flash sur leur machine, et où vous expliquerez ce qu’est flash et comment on peut l’installer. Un lien vers la page de téléchargement du site de Macromédia sera bien sur présent).

7. Placez des animations lisibles par une ancienne version de flash. Les utilisateurs sont de plus en plus réticents à mettre à jour leurs logiciels, et mettent souvent plusieurs mois à changer de version... Quand ils le font. La version 3 est un compromis acceptable.

8. Sur la page contenant l’animation, le moyen de sortir (lien de retour vers l’alternative non flashée) doit être très facile à trouver.

9. Placez dans les métabalises de vos pages embarquant du flash des repères "no-index" visant à empêcher leur référencement par les moteurs de recherche. Vous éviterez aux utilisateurs novices de se retrouver directement sur une page flashée dont le fonctionnement leur paraîtra d’abord obscur, et vous ne donnerez pas à croire à la communauté grandissante des anti-flash que votre site nécessite absolument flash pour être vu.

10. N’intégrez pas de séquence "flashée" aux parties de votre site impliquant le plus d’interactivité avec vos visiteurs (panier d’achat, processus de paiement, etc...). Ce serait générateur d’erreurs et d’abandons du site, car beaucoup d’internautes ne voudront ou ne pourront faire l’effort de concentration supplémentaire requis pour utiliser simultanément des fonctions interactives et des animations.

Ces conseils de simple bon sens sont tout à fait transposables à l’usage d’autres "plug-ins", et notamment ceux permettant la diffusion de vidéo ou de vues à 360 degrés des objets (Real Player, Quicktime, Quicktime VR, etc...).

 -5 règles pour réaliser de bonnes animations en flash.

Là encore, il ne suffit pas de savoir se servir du logiciel de création d’animations pour proposer des séquences de qualité. Voici quelques unes des caractéristiques que doivent respecter les séquences flashées pour ne pas détériorer l’expérience utilisateur :

1. bande passante : après un temps de chargement initial raisonnable (5 à 10 secondes, 15 à 30 ko), votre animation ne doit pas exiger plus de bande passante que le débit d’un modem en heure moyenne, à savoir 2 à 3ko par seconde. Ainsi le déroulement de l’animation apparaîtra-t-il "naturel" et fluide.

2. contrôle : Permettez à l’animation de se dérouler suivant deux modes : un mode "normal" où l’animation se déroule au rythme que vous avez prévu, et un mode "décomposé" en petites séquences unitaires que l’internaute pourra dérouler à son rythme. N’étant pas flasheur, j’ignore s’il existe une possibilité de moduler le rythme de l’animation en fonction du souhait de l’internaute, mais si oui, utilisez là (à bon escient, c’est à dire de façon compréhensible par un utilisateur "normal"). Donnez le contrôle de l’animation à l’utilisateur !

3. Concentrez les "effets spéciaux" là où se situe leur valeur ajoutée. Évitez les effets de manche gratuits, et notamment les "agaceries sonores" particulièrement honnies des "flashophobes".

4. Donnez une possibilité évidente d’arrêter l’animation, ou de la recommencer si nécessaire.

5. Une animation flash est comme tout élément d’un site : elle se teste ! n’hésitez pas à tester son utilisabilité sur des "utilisateurs normaux". (cf.veblog, "pourquoi et comment tester votre site")

 Conclusion

Diaboliser flash à l’extrême, comme sont tentés de le faire certains auteurs, me paraît vain. En effet, la technologie existe, et on n’empêchera pas de nombreux créateurs ou des maîtres d’ouvrages de se sentir flattés de l’utiliser. Mieux vaut que ceux qui le veulent essaient de tirer de cette technologie ce qu’elle a de meilleur, en en combattant les utilisations les plus clinquantes.

Il en va de l’usage de flash comme des autres technologies : si on l’utilise uniquement pour flatter l’ego du designer ou du maître d’ouvrage, on va droit au désastre. Si on place résolument l’usage de flash dans l’optique d’améliorer l’expérience de l’utilisateur, alors on peut éviter les erreurs les plus grossières et aboutir à des résultats intéressants.

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