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Flash : bientôt la maturité ?

Auteur(s) : Elie Sloïm, Vincent Bénard

Publié le : 29 novembre 2007

Résumé :

Une prise de conscience semble s’opérer au sein de la communauté des développeurs Flash. L’avenir de cette technologie n’est pas dans la création d’animations "poudre aux yeux" mais dans une utilisation rationnelle de ses importantes possibilités pour améliorer l’expérience-utilisateur.

 Une technologie pour le multimédia

Que ce soit sur Veblog ou ici, nous avons quelquefois émis des réserves sur l’utilisation souvent discutable de la technologie Flash, de la société Macromedia.

Parmi les nombreuses raisons qui nous ont conduit à nous forger cette opinion, la question de l’utilisabilité est sans doute la plus importante. Combien de sites en Flash combinent un contenu à forte valeur ajoutée et une navigation compréhensible, confortable, rapide pour les visiteurs ? Leur nombre est peut-être conséquent, mais la proportion qu’ils représentent sur la totalité des sites Flash est de notre point de vue très restreinte. Ajoutons quelques problèmes d’utilisabilité inhérents à cette technologie en son état actuel : bouton "retour" non pris en compte, impression délicate, nécessité de disposer de "la bonne version" du plug-in...

Cela s’explique très bien, car l’objectif initial de Flash est bien d’apporter une dimension multimédia à un outil, le Web, qui n’était pas prévu pour cela à l’origine. De ce point de vue là, c’est tout à fait réussi, puisqu’un utilisateur qui recherche un site présentant des fonctionnalités multimédia aura de bonnes chances de tomber sur des sites Flashés. Mais il ne faut oublier que l’utilisateur qui cherche du multimédia n’est pas l’utilisateur Lambda. Les utilisateurs recherchent très souvent de l’information textuelle. Et Flash n’a pas pour caractéristique principale de placer l’accessibilité au contenu au centre du site Web, tout simplement parce que ce n’était pas son objectif de départ.

Or, de notre point de vue, il est absolument clair qu’un site Internet doit permettre à l’utilisateur de trouver l’information qu’il recherche le plus vite et le plus facilement possible.

 Ni pour ni contre ;-)

La question de l’utilisabilité n’est cependant pas la seule raison qui peut pousser certains à condamner l’usage de Flash dans les sites Web. Citons également :

. L’impossibilité pour les robots d’indexer le contenu textuel des pages.

· L’impossibilité d’afficher le code source pour les visiteurs.

Ces différents handicaps (ou imperfections, c’est suivant le point de vue) techniques ont conduit de nombreux consultants à prendre résolument une position "anti-Flash". Certains en auront peut-être fait l’expérience : avec certains d’entre eux, il est carrément impossible d’envisager la moindre discussion sur ce sujet. Ce sont des positions de principe. Or, dans tout domaine évolutif (le Web est un exemple édifiant), les positions de principe ont pour principal défaut d’être très rapidement remises en question par les évolutions commerciales et techniques. C’est peut-être ce qui est en train de se passer avec cette technologie.

Au-delà des questions techniques et commerciales, et au-delà des querelles de chapelles, les sites en Flash existent, ils commencent à représenter une partie non négligeable du Web. Il est peut-être temps de dépasser le débat "Flash ou pas Flash". Flash existe, il est là, et sans doute pour un bon moment.

La question que l’on devra dorénavant se poser est plutôt :

"Quelle technique pour quel contenu et pour quel support ?"

C’est bien la nature du contenu et du support qui dictent l’utilisation d’une technique et non le contraire. Dans le cas qui nous concerne, l’utilisation de Flash ne se justifie que dans le cas où l’utilisation du multimédia apporte directement de la valeur ajoutée au contenu en ligne.

A ces conditions, Flash peut présenter certains avantages. Ce serait une erreur de les nier et de ne pas les prendre en considération dans notre réflexion.

 Un air connu

Les réserves que nous avons énoncées dans le début de cet article sont connues depuis longtemps, et le débat qui a commencé avec la naissance de la technologie continue et continuera encore longtemps. La question est "pour combien de temps ?"

Dans quelque domaine que ce soit, lorsque qu’une technologie apparaît, surtout dans le domaine informatique, où la diffusion est rapide et relativement aisée, les utilisateurs tentent souvent d’en exploiter (d’en explorer) toutes les fonctionnalités.

Que faites-vous quand on vous offre un tout nouveau magnétoscope ou téléphone mobile ? Si vous êtes un utilisateur féru de technique, vous consulterez (quelquefois) le mode d’emploi, et vous testerez (souvent) les multiples fonctionnalités de votre nouveau joujou. Dans le cas général, la plupart des utilisateurs ne vont guère au-delà des fonctions "de base" de leurs appareils, et oublient rapidement jusqu’à existence des autres.

Dans tous les cas, après un laps de temps et un niveau d’exploration qui varie en fonction des utilisateurs, vous choisirez parmi l’ensemble des fonctionnalités celles qui vont réellement vous être utile. A ce stade là, même si vous ne savez pas vous servir de toutes les fonctionnalités de votre appareil, vous en maîtrisez l’utilisation pour les besoins que vous en avez. Et vous ne ferez appel aux fonctionnalités sophistiquées que lorsque le besoin s’en fera réellement sentir.

Ce cheminement, que la plupart d’entre nous suit lorsque nous devons apprendre en tant qu’individu à nous servir d’une technologie, est peut-être en train d’être suivi pour Flash, à un niveau macroscopique, celui d’Internet.

Note : cet exemple est tout à fait transposable au niveau des téléphones portables où l’on a vu que les utilisateurs avaient plébiscité une des fonctionnalités à priori parmi les plus rustiques, l’envoi de messages SMS, tout simplement parce qu’elle était à la fois maîtrisée techniquement, simple à utiliser, et utile dans la vie quotidienne. Certes, le multimédia suivra peut-être, mais bien plus tard...

 Et si cela était en train de changer ?

Compte tenu des potentialités énormes de l’outil en terme de création d’éléments d’interfaces, d’effets spéciaux, de nombreux créateurs Flash ont voulu se poser en innovateurs du Web, en agitateurs d’idées. Ils "faisaient l’histoire du Web" à travers leurs créations, et porter les interfaces Web à un niveau de richesse auparavant inaccessible relevait d’une sorte de mission. De nombreux développeurs en Flash, fréquemment issus de professions ou de formations à sensibilité artistique forte, ont le plus souvent adopté une démarche plutôt exploratoire, de nature artistique, dans l’élaboration de leurs interfaces.

Dans un cadre artistique, les auteurs peuvent se permettre, et c’est souvent l’essence même de leur travail, d’exiger de l’utilisateur qu’il fasse l’effort de comprendre une interface, qu’il aille vers l’artiste afin de comprendre ce qu’il a voulu dire. Mais dès lors que l’on souhaite proposer de l’information, vendre des services, toucher la plus grande cible possible avec un site Internet, il devient extrêmement risqué de demander le même effort de compréhension et d’adhésion de la part des utilisateurs.

De très nombreux développeurs flash ont commis une erreur d’importance : ils se sont servis de Flash pour présenter des contenus qui n’en avaient absolument pas besoin, ou pire, ils ont tenté de fabriquer des interfaces multimédia alors qu’ils n’en avaient pas les compétences. Les gens qui ont créé les principes fondateurs des interfaces logicielles que nous connaissons ont eu besoin de plusieurs années pour parvenir à des spécifications opérationnelles correctes. Créer des interfaces utilisateur avancées relève de compétences spécifiques et pointues, tout à fait distinctes de la création artistique.

Heureusement, certains signes montrent que la perception des apports potentiels de cette technologie est en train d’évoluer, et de nombreux webmasters et consultants commencent à comprendre une évidence : ce qui valorise Flash, ce n’est pas seulement l’éventail des possibilités qu’il offre, mais la façon dont on les implémente dans un site. Et ces signes sont peut-être avant-coureurs d’une certaine maturité.

Très récemment, Macromedia à redéfini l’un des axes importants de sa stratégie en prenant plusieurs initiatives destinées à remettre l’utilisabilité au centre de la création de sites en Flash.

Consulter à ce sujet le site officiel de Macromedia.

Flash est une technologie propriétaire, et le fait que ses géniteurs se proposent enfin de la stabiliser et de l’intégrer dans un cadre général d’accès facilité à l’information est une avancée majeure. D’autre part, ce message nouveau que Macromedia tente de véhiculer auprès des développeurs aura peut-être une influence sur les différentes évolutions qui seront proposées dans les prochaines versions.

Plusieurs auteurs se sont saisis de l’utilisabilité de Flash et ont publié des travaux très intéressants sur le sujet.

D’autres signes sont plus ténus, mais tout à fait essentiels, et ils sont véhiculés par les exemples de sites en Flash présentant à la fois un contenu solide dans des conditions de confort correct. A notre connaissance, l’un des plus beaux exemples est français et il s’appelle Kartoo.

Ce méta moteur de recherche tout à fait exceptionnel propose un contenu solide et l’utilisation de Flash vient mettre en évidence ce contenu et lui apporter de la valeur ajoutée.

Dans ce cas, que demander de plus ? L’utilisation de Flash est ici justifiée, car elle est indissociable de la conception du service et du contenu. Les exemples de ce type ne pullulent pas encore, mais ce n’est pas grave, car l’apparition de ce type d’interface donnera sûrement des idées, et nous n’en sommes à notre avis qu’au début d’un mouvement général de remise en question.

En fait, le contenu n’est plus multimédia parce que le public demande du multimédia, mais parce que le multimédia apporte une valeur ajoutée (formation, démonstration, clarté, présentation) au contenu. Un certain nombre de bons sites contenant de bonnes séquences en Flash l’avaient déjà compris. En fait la grande nouveauté réside dans le fait que les flasheurs commencent à comprendre que pour donner une information textuelle simple, rien ne vaut le fait de l’afficher simplement, sans le faire clignoter, ni apparaître, ni disparaître, ni autre effet spécial n’ajoutant pas de valeur au contenu.

Dernier signe avant-coureur de la maturité de Flash : un site Flashé n’apparaît plus comme exceptionnel pour l’unique raison qu’il est en Flash. Cela ne suffit plus. Ce qui pouvait apparaître comme rare, précieux, technologiquement puissant, et furieusement "tendance" est en voie de devenir un mode d’expression et de présentation parmi d’autres du contenu sur le Web.

 Quel futur pour Flash ?

L’histoire des technologies nous enseigne qu’à moyen terme, les usages triomphants d’une technique ne sont pas toujours ceux que l’on avait envisagés au départ. Conçu initialement pour le Web, Flash est aujourd’hui également utilisé pour des applications offline. Par exemple, l’outil est très apprécié de certains concepteurs d’animations pour la télévision.

Mais un secteur inattendu où Flash pourrait avoir un impact fort, si Macromedia le veut bien, est le développement d’interfaces logicielles utilisables à travers Internet. En effet, les logiciels fournis actuellement en mode ASP (Application Service Provider), souffrent de devoir être utilisés à travers un navigateur qui est un environnement d’interaction extrêmement médiocre (voir à ce sujet un article sur veblog.com). Flash pourrait permettre de créer des interfaces légères (images vectorielles) supportant mieux que le DHTML un certain nombre de caractéristiques de nos logiciels actuels dont nous aurions du mal à nous passer comme le glisser déposer, et faciles à transmettre via internet.

Avec la version 5 de Flash, Macromedia a introduit des fonctionnalités de scripting qui permettent d’aller dans ce sens. Mais il faudra sans doute aller plus loin pour permettre de faire fructifier le potentiel de flash dans ce domaine. La fusion de Macromedia avec Allaire, créateur d’outils de programmation d’applications web côté serveur (Jrun, Cold Fusion, Spectra) est-elle porteuse de promesses dans ce domaine ? Nous verrons quelle orientation prend Macromedia avec la version 6 de son produit.

En tout cas, la base technologique de Flash (des animations vectorielles légères et une interactivité facile à programmer) permet d’envisager une foule de développements utiles pour peu que le côté clinquant de l’application soit laissé de côté. Les fonctions de Zoom, la prise en compte du son et quelques autres fonctions de Flash peuvent même laisser espérer l’éclosion de nouveaux types d’interfaces allant au-delà des paradigmes des interfaces-utilisateur graphiques actuelles (à base de fenêtres et de menus déroulant), améliorant la productivité des utilisateurs.

Mais pour que Flash devienne un standard de développement d’interfaces, certaines questions relatives à l’ouverture de son architecture devront être résolues.

 Technologies propriétaires ou open source ?

Flash pose un problème beaucoup plus profond et à beaucoup plus long terme sur Internet. Même si les spécifications ont été rendues publiques par la société Macromedia (avril 1998), il présente les risques typiques associés aux technologies propriétaires : il est absolument impossible de prévoir les développements technologiques, commerciaux et les éventuels revirements stratégiques d’une société comme Macromedia.

Pour illustrer cette problématique, il n’est qu’a se pencher sur les conséquences techniques et financières de la production d’une nouvelle version par la société mère. Incompatibilités entre les versions, mise à jour des navigateurs.

Et ce n’est pas tout. Le fait que des spécifications soient rendues publiques ne met pas à l’abri de problèmes éventuels : on peut citer à ce propos l’affaire du format Gif, diffusé gratuitement par Compuserve à partir de 1987, mais dont l’algorithme de compression LZW était breveté par Unisys. Cette dernière société a essayé, sans succès semble-t-il de faire valoir ses droits plusieurs années après en avoir favorisé sa diffusion.

Ces différents risques associés à l’utilisation de Flash nous conduisent à nous poser la question suivante : "Existe t-il des équivalents au logiciel Flash développés intégralement (logiciel, format de fichier, et plug-in navigateurs) dans le cadre de la communauté open source ?" Si c’est le cas, nous nous prendrions bien à rêver qu’un format de ce type vienne à s’imposer sur Internet. Toujours dans cette éventualité, si nous avions à proposer des contenus justifiant l’utilisation de ce type d’outil, nous n’hésiterions pas une seconde, c’est bien cette dernière que nous choisirions. De plus, les objections éventuelles liées à l’apport intellectuel de la société mère nous semblent hors de propos dans un cadre comme le Web, où chaque application s’enrichit du développement des autres. Comme l’expérience le montre depuis quelques années : la compétition entre technologies open source et technologies propriétaires est non seulement saine, mais extrêmement profitable aux utilisateurs.

Après la maturité de Flash viendra donc peut-être le vrai plug-in open source. Il faudra suivre attentivement ce qui se passe du côté du World Wide Web consortium, car c’est peut-être là, dans les nouveaux langages qui sont en train d’être élaborés, qu’on trouvera le futur plug-in, qui combinera les avantages de Flash et la nécessaire prise en compte des besoins en information formulés jour après jour et confirmés étude après étude par les utilisateurs.

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